Chronologie

2019 Bruxelles - texte panneau 8

 
30 juin 2018. Portugal, 5:00. 
Avant l’aube, le silence est proche de l’absolu.
Je me réveille, je suis au Portugal, au cœur de la plaine du Tejo. Au milieu des chênes-lièges, oliviers, orangers, citronniers, flamboyants.
Le ciel s’éclaircit, les nuages masquent le ciel en traits horizontaux, près de l’horizon un reflet à peine perceptible annonce le soleil au-delà des limites de la vue. Le gris sera rouge, jaune, orange, le ciel sera clair.
5:22.
Dans dix minutes les oiseaux chanteront, une heure avant le lever du soleil. 
Au loin un hibou annonce la fin de la nuit, les oiseaux du ciel annoncent le passage de la nuit au jour. L’air se charge d’odeurs exhalées par l’oxygène des arbres. Un deuxième oiseau a chanté, puis voici le chant d’un accenteur, ou son cousin portugais ; en passant une corneille criaille. 
Avant le concert les instruments s’accordent, les chants des oiseaux attendent le merle, le soliste.
5:40
A l’horizon la brume voile les arbres, un oiseau est proche et d’autres plus lointains, des dizaines, des centaines d’oiseaux chantent. 
6:09
Le chat fait son apparition, il avance doucement sur le muret, il dessine une ligne parallèle sous l’horizon avant l’instant même du lever du soleil.
C’est maintenant, il se lève, à 6:10.
Les sommets de lointains nuages sont ensoleillés comme de vastes montagnes.
Il fait jour maintenant.
 
13 Août 2018. Chartres, 5:56
Le soleil se lèvera à 6:44, la fenêtre est grande ouverte, la ville silencieuse. 
Que tout le monde dorme ne m’étonne pas, c’est le mois d’août, mais je suis étonné par ce silence. 
Les oiseaux en août sont silencieux.
Une cloche sonne 6 heures. Il fait doux, l'humidité exhale des odeurs d’arbres, de terre et de macadam, ça sent bon la ville après la pluie.
Aucun bruit. Les réverbères sont toujours allumés. Déjà hier soir leur lumière était silencieuse, elle l’est toujours.
Un avion au loin occupe à lui seul l’espace sonore. 
Les martinets sont repartis au début du mois, c’est leur habitude, ils délaissent nos régions vers le 2 ou 3 août. 
Mais pourquoi n’y a-t-il plus d’hirondelles ? Ou si peu ? 
Pas d’insecte. Ces bestioles agaçantes sont la nourriture des oiseaux du ciel. Il n’y a aucun insecte là où ils pullulaient autrefois, les oiseaux ont faim.
6:32. 
C’est l’heure des tourterelles. Dans douze minutes le soleil se lèvera en silence. La fenêtre est ouverte, aucun moustique ne m’a dérangé.
Même si au mois d’août les passereaux se font discrets, ce silence rappelle que les oiseaux disparaissent, il n’y a plus de moustiques pour les nourrir.  
Didier Sancey. Été 2018